Nouvelles déesses

Ovolt

Ovolt est le chat quantique dans l'écrin encore clos.

Ovolt vit dans les profondeurs et symbolise la libération de l'énergie féminine par l'électricité. Elle a passé trente ans à développer, en cachette des institutions, des dizaines de modèles de stérilets, produisant de nombreux croquis et objets qu'elle fit tester sur plusieurs centaines de femmes. Dans la tradition de Marie Bonaparte, elle s'intéressa particulièrement à la fabrication de stérilets électromagnétiques sensés rapprocher les terminaisons nerveuses du clitoris vers le vagin, augmentant ainsi les possibilités orgasmiques. Elle tressait de plus des surfaces de cuivre dans sa toison pour controler et orienter ces champs magnétiques.

Au début des années 60, suite à son départ de France vers le Danemark, de nombreux documents personnels d'Ovolt furent transmis à deux secrétaires en génie électronique qui remarquèrent l'étrange similitude entre les antennes et les stérilets d'Ovolt. Ensemble, elles réussirent à instiller ces idées de structures électromagnétiques à quelques étudiants prometteurs qui les adaptèrent à leur insu en antennes de télécommunication. L'antenne Yagi (inspirée du stérilet Yoni dont un étudiant avait mal interprété le nom) fût inventée...

Pour connecter avec Ovolt, caressez le chat dans la boîte triangulaire.
Relaxez...les sons que vous inventez sont le cri de la déesse libérée !

Seamstress

Fille d'un couple d'aviateurs, pratiquant le code morse depuis sa plus tendre enfance, Simone Seamstress était une musicienne, espionne, prostituée, activiste Norvégienne.

Respectée pour son répertoire musical au violoncelle, elle fréquente les stations de radio dès son adolescence en tant que membre d'orchestre radiophonique. Acclamée par sa beauté et sa grande culture elle intègre rapidement la haute société et les milieux politiques et mondains. Elle commence à collaborer avec la résistance norvégienne en 1941 sous le nom de code opérationnel de Seamstress, et devient espionne suédoise en 1942, adoptant le nom de code Mistress.

Séduisant facilement ses victimes afin d'obtenir des informations importantes, elle excelle en stéganographie. Sous le nom d'opérateur Mistress, elle parvient à diffuser une vingtaine de messages radiophoniques dans lesquels elle utilise ses partitions musicales de chansons d'amour pour dissimuler des messages urgents et particulièrement précieux. Elle réussit cet exploit en recrutant d'autres femmes pour établir des liaisons physiques avec des personnages haut-placés et prélever ainsi des renseignements. Elle développe en outre une technique d'utilisation des encres sympathiques sur tissu, faisant parvenir à ses complices des mouchoirs en lin ornés d'un ruban rose brodé d'un discret 'Seamstress'.

Au premier de l'an 1944, elle se fait arrêter suite à de suspicieuses manipulations de son ombrelle, qui s'avère contenir un rouleau de papier inscrit du prochain message à diffuser.
Condamnée puis fusillée pour trahison, les tireurs déposent un mouchoir contenant un de ses messages à l'encre sympathique sur sa poitrine afin de mieux viser. En l’attente du signal, elle aurait fredonné un air joyeux puis lancé un dernier baiser aux soldats du peloton d'exécution. Pris de remords devant cette femme courageuse et illustre, le colonel responsable des opérations, qui n'était autre que l'ancien amant qui la dénonça jalousement, s'empoisonna le soir même.

Alouette

Alouette est la patronne de la lune et des satellites, des avions dans le ciel et des oiseaux de passage.
Elle est abandonnée enfant, un soir de nouvelle lune, sur les marches de l’Hôtel-Dieu. Son esprit volage et la présence d'un passereau à proximité de la jeune fille lui valent le nom d'Alouette. Énergique et fugueuse, elle présente très tôt une aversion inhabituelle à la lumière du jour et devient rapidement migratrice nocturne, fascinée par la lueur des astres et des éclairages électriques, et éventuellement la traque des orbites des satellites.

De récentes hypothèses suggèrent qu’elle était atteinte d’hypersensitivité sensorielle, et percevait des sons à la vue de différentes couleurs et lumières. Elle était de plus obsédée par son electrosensibilité, phénomène inexistant et inexpliqué à l’époque. Ces pathologies expliquent son goût pour la noirceur et une attirance contradictoire et presque magnétique pour les ondes électriques. Elle s’implique en radio amateur depuis l’adolescence, puis dès la fin des années 50 dans l’équipe Operation Moonwatch pour suivre et mesurer les orbites des premiers satellites artificiels. L'astrophysicien en charge de l'opération canadienne nomme le premier modèle de capsule spatiale canadienne après son surnom. Sans famille, anonyme, ayant séduit le responsable du projet, elle parvient à le convaincre à l'évidence qu'elle sera la personne à embarquer sur l’officieuse première capsule canadienne Alouette 0.
La capsule est lancée dans le plus grand secret en soirée du 19 octobre 1960, et perdue trois heures et 22 minutes plus tard, à l’heure exacte de la nouvelle lune…

Quelques semaines plus tard, l’astrophysicien retrouve dans le dernier tiroir de son bureau un manuscrit sur la perception du monde d’Alouette, intitulée Chromesthesia : color and sound under one sky. Le traité contient de nombreuses cartes du ciel interprétées en partitions musicales extrêmement élaborées, dont plusieurs décodent des messages radio reçus via satellites inconnus. Dans ses notes, on découvre qu'elle commence à entendre des messages sonores satellites en janvier 1960. Elle voue à cette période un intérêt marqué pour les recherches de Tesla et Marconi et les récentes découvertes par radar d'étranges messages d'une constellation perdue, Epsilon Boötis, qu'elle pense être la source des messages captés.

Enia Mnémosyne

Seule femme présente dans l’arbre généalogique des semiconducteurs, Enia Mnémosyne le surplombe et le préside.

Déesse de la mémoire électronique, elle symbolise la notion du temps, au-delà de la perception humaine, d'une temporalité itérative et onirique. Doté d'un pouvoir d'ubiquité, on raconte qu'elle transite entre les mondes à travers l'espace-temps et que pour elle, le passé et le future sont état d'un présent immanent. Longtemps associé au mythe de Gaïa, Enia fait figure de liant entre la stratification géologique comme marqueur de l'évolution de notre planète (passant de l'ère paléozoïque à la cristallisation de l'ère anthropogénique) et les données virtuelles de la sphère numérique. Ainsi, elle tisse le développement de notre monde vers un future technologique inimaginable pour l'humanité qui, selon certains, permettra un détachement de l'exploitation de nos ressources vers des procédés quantiques.

En tant que déesse de l'information et de la cryptologie, on la voit ornée d'une coiffure représentant une variété de pierres précieuses et de métaux rares nécessaires aux circuits électroniques : or, argent, nickel, cuivre, carbone, quartz, tantale. Enia voue une affection particulière aux métaux les plus conducteurs comme l'argent mais aussi le cuivre, dont elle admire le lien alchimique avec la planète Vénus.

La statuette originale d’Enia Mnémosyne est découverte dans un casier du MIT suite au nettoyage de fin d’été 1986, et passée à plusieurs étudiants avant d’intégrer la collection du musée de l'institution. Plus récemment, un groupe de recherches en archéoacoustique a été mis sur pied afin d'en extraire les données sonores codées dans l'artéfact même.

Portant en elle la mémoire de l'électronique, elle tiendrait une liste de femmes importantes dans le développement des arts et technologies. Diffusant sans relâche ces informations en code morse sur les ondes courtes, tout porte à croire qu'elle espère surprendre et séduire un jour un astronaute de la Station Spatiale Internationale...